Est-ce que vous aussi vous vous demandez pourquoi la pédagogie a progressivement perdu du terrain en formation ? Mais surtout comment faire pour la remettre au goût du jour et dans quel but ?

La formation professionnelle serait fâchée avec la pédagogie ?

Depuis une petite dizaine d’années on peut voir la formation glisser vers de la consommation de contenus de plus en plus bruts, de plus en plus beaux, de plus en plus dématérialisés.

Bien sûr, il y a toujours un quiz en fin de formation pouvant attester de ce qui a été retenu par l’apprenant et un autre pour qu’il puisse donner son avis sur la formation suivie (à noter que  l’absence d’anonymat ne garantit pas non plus une totale transparence).

Mais la pédagogie perd néanmoins du terrain et les impacts sont visibles à plusieurs niveaux. En voici quelques exemples :

  • les apprenants : l’ennui de suivre des parcours exclusivement digitaux, pas de prise en compte de ses besoins, expérience d’apprentissage peu émotionnelle, désengagement en formation, etc.
  • Les entreprises : contenus de formation pas toujours transférables au poste de travail, fréquence élevée de refontes de parcours/modules, problème de rétention des nouvelles recrues, etc.
  • pour les centres et organismes de formation : difficulté à créer des formations réellement innovantes, à se démarquer des concurrents, à “marketer” leurs produits pédagogiques et donc à les vendre, etc.

En bref, en diminuant le niveau de pédagogie dans les parcours formant c’est toute la qualité et la valeur des formations qui sont altérées, et ce, pour tous les acteurs de la chaîne.

Pourquoi la pédagogie disparaît-elle des formations ?

Tout d’abord, parce que nous sommes devenus des consommateurs de contenus : articles, vidéos, posts, formations (descendantes) en lignes, podcasts, blogs, etc. Cela fait partie de notre quotidien et c’est une excellente chose d’avoir tout ce contenu disponible… Il reste à faire le tri. Pourtant, consommer de l’information diffère de l’action de se former.

Ensuite, parce que la pédagogie est encore assimilée au domaine du “scolaire”. On a en effet tendance à faire l’amalgame avec le ludique, le divertissement et ça ne fait pas sérieux pour de la formation pour adulte, de surcroît en entreprise.

Expertise < Pédagogie

D’autre part, on peut observer une tendance récente dans les groupes de travail : l’expertise (entendre le “contenu” apporté par les experts) gagne du terrain au détriment de l’ingénierie pédagogique. 

Le rôle de cette dernière peut (malheureusement !), dans certains contextes se résumer à structurer le contenu et ensuite jouer avec les dominos. “Un module de mobile learning en amont, deux e-learning ensuite, ici un jeu de rôles, là une mini-série vidéo et hop on termine par un quiz”… Laissant ensuite la main à des prestataires dont le métier est de produire sur demande.

C’est une des raisons qui expliquerait que “contenu” soit progressivement devenu synonyme de “formation”. 

Technologie < Créativité

En ce sens, le rôle du concepteur pédagogique a lui aussi évolué. Sa créativité et sa pédagogie sont contraintes par les fonctionnalités de logiciels tels que Captivate ou Storyline. Il pensera toujours à l’intégration en faisant sa conception, essayant au mieux de s’adapter à l’outil (pour faciliter le travail de l’intégrateur) dont les fonctionnalités sont très limitantes et limitées du point de vue pédagogique. 

Cela ne l’empêchera pas de créer des modules sympas vous me direz. Oui certainement. Mais veut-on des modules seulement “sympas” ? 

Overdose de digital

Enfin, je pense que la pédagogie a perdu du terrain certainement depuis que l’on crée des parcours 100% digitaux. Attention, je suis une fervente défenseuse du digital, mais surtout de la juste de dose de digital en formation. Vous noterez que je ne dis pas “distanciel”, car comme nous l’avons tous expérimenté durant le confinement, Zoom, Skype, Whatsapp et les autres ont montré qu’il était possible (indispensable) de laisser une part importante d’interactions humaines lors des formations. 

Comment envisager l’avenir pédagogique des formations ?

L’intérêt n’est pas de faire un constat généralisé des mauvaises pratiques de formation mais plutôt d’envisager un futur où la pédagogie reprendrait sa place pour créer des formations à haute valeur ajoutée pour tout le monde : apprenants, entreprises, centres/organismes de formation. 

Mais alors, comment valoriser pédagogiquement nos formations pour qu’elles soient de qualité ?

Avoir une logique « produit »

Premièrement, il faudrait concevoir nos formations comme de vrais “produits pédagogiques”. Les industries les plus à la pointe créent leurs produits et services avec un processus créatif et itératif (inspiré du lean design) qui a de réels impacts. Pour le développement de formations cela pourrait donner : 

  1. besoins/attentes de l’entreprise + besoins/attentes du terrain
  2. synthèse + co-conception avec une équipe transverse 
  3. prototypage d’un parcours de formation + parcours test
  4. améliorations de la formation
  5. implémentation pérenne

Ensuite, au niveau de l’ingénierie pédagogique, il faudrait intégrer aux bons endroits et de façon systématique des interactions humaines (formateur-apprenants et apprenants-apprenants) pour créer une dynamique d’apprentissage, motiver, guider, challenger, tutorer, etc. Intégrer également de la mise en application progressive (en condition de formation et en condition semi-réelles si c’est possible). Ici, cela peut se faire en présentiel ou en distanciel par Zoom, en direct ou en projet partagé.

Du digital learning à juste dose

Par ailleurs, bien que la tendance est de digitaliser le plus possible les modules de formation, sachez évaluer le réel impact d’un module e-learning, de mobile learning, etc, dans votre formation. On ne le répètera jamais assez : le digital est un média, de surcroît un média assez froid. 

J’ai vu des entreprises qui avaient tellement digitalisé leur catalogue de formations que leur enjeu à présent est de remettre de l’humain dans leurs parcours… Le digital learning est coûteux, mais s’il est bien dosé il garantira une bonne expérience globale d’apprentissage et il vous apportera un retour sur investissement considérable.

Pour passer votre contenu théorique en digital, vous pouvez tester avec la pédagogie inversée par exemple. Vous y intégrez des points d’échanges avec un tuteur/manager/formateur qui de motive/guide les apprenants et réduits les éventuels points de frictions. D’autres pistes sont également à envisager dans vos modules digitaux : accentuer le storytelling en proposant à l’apprenant d’incarner un personnage ou de lui confier une mission à résoudre, la résolution de problèmes, etc.

Le but est de proposer une expérience de formation qui soit “sympa” et pragmatique. 

Marketer les expériences d’apprentissage

Je ne connais aucun produit ou service du marché qui a été commercialisé sans prendre en compte l’expérience des usagers. D’ailleurs, les startup de l’EdTech le font toutes. Pourquoi la formation professionnelle et continue n’en profiterait pas elle aussi ?

L’UX pour les formations c’est l’expérience d’apprentissage. C’est l’unité qui garantie une fluidité entre les modules d’une formation, entre les modalités d’un parcours et la cohérence avec les objectifs pédagogiques.

C’est l’UX qui fait qu’à la sortie d’une formation les stagiaires disent « C’était génial ! ».

Enfin, un autre axe largement sous-exploité dans le domaine de la formation : la promotion. Les entreprises et les centres de formations utilisent trop peu le marketing pour promouvoir leurs produits pédagogiques, lui préférant une communication peu émotionnelle et objective (oui, je parle bien de la fiche descriptive -objectifs pédagogiques, durée, modalité d’évaluation, etc.).

Autorisez-vous à valoriser les formations que vous avez développées. Expliquez aux apprenants pourquoi vous les avez faites, ce qu’elles vont vraiment leur apporter, comment ils vont les adorer. 

La valeur de vos formations doit être votre obsession !

L’enjeu est d’autant plus important que la majorité des postes/compétences dont on va avoir besoin d’ici quelques années n’existent pas encore. Il nous faudra former en profondeur les personnes à de nouveaux métiers rapidement et efficacement.

L’intérêt est encore plus important pour les centres et organismes de formation : imaginez que la réputation de vos formations serait telle que vous n’ayez quasiment plus besoin de prospecter pour avoir des inscrits. Vous avez le pouvoir de vous démarquer sensiblement de vos concurrents.

Mettez la pédagogie au centre de vos projets de développement de formations. Ajoutez-ci une bonne expérience d’apprentissage et un marketing qui donne envie aux apprenants. Vous pourrez alors proposer des parcours de formations plus agiles, dont le contenu est entièrement transférable.

Alors n’attendez pas, propulsez vos formations au niveau supérieur !

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